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LES BESOINS EDUCATIFS SPECIFIQUES
Un concept intégrateur pour tous les élèves en difficulté à lécole
Dr Elisabeth ZUCMAN
Introduction
Trois préoccupations très actuelles poussent à développer
la réflexion sur lécole ordinaire et sur lAIS:
- Le début de la rénovation de la Loi dOrientation de
juin 75 en faveur des personnes handicapées.
- La Prise de conscience nationale de la fréquence et de la gravité
de léchec scolaire en primaire et secondaire et du taux insupportable
pour notre pays riche et de grande tradition scolaire et universitaire des
élèves qui quittent lécole à 16 ans, parfois
même avant, sans aucun diplôme, voire même illettrés.
- La nécessité et même lintérêt dharmoniser
nos réglementations de lEducation, avec celles de lEurope
naissante.
I - Au fil de lhistoire de lEducation
Je rassemblerai ici quelques éléments épars de lévolution
des 25 dernières années qui me semblent susceptibles déclairer
la situation actuelle.
La Loi dorientation de juin 1975 a donné pour la première
fois un statut aux personnes handicapées, mais na pas défini
ce quest le handicap. Elle crée une obligation nationale de soin
déducation et un objectif majeur : la vie dans le milieu le plus
ordinaire possible. Elle confie la réalisation de ces objectifs humanistes
ambitieux à des commissions départementales qui ont le mérite
de réunir, là aussi pour la première fois, lEducation
et la Santé pour les enfants, le Travail et la Santé pour les
adultes ; mais elle ne les dote pas de moyens dune orientation éducative
ou professionnelle adéquate... Tâches auxquelles sajoutent
la connaissance statistique des besoins, la connaissance actualisée
des équipements... Et lélaboration dune politique
départementale.
Lévaluation régulière de lexercice de cette
énorme responsabilité prévue par la Loi tous les 5 ans,
naura lieu que deux fois en 25 ans (Rapport LASRY GAGNEUX 1982 Rapport
interministériel de 1995).
En 1982 et 1983 paraissent les textes fondamentaux de lintégration
scolaire pour les enfants porteurs dune déficience motrice, sensorielle
ou mentale grave. Sous la légitime pression des parents, sont mentionnés
alors pour la première fois les enfants malades, en particulier les
autistes.
Ces textes portés par le désir conjoint des parents et de bons nombres denseignants volontaires introduisent lobligation daide pluridisciplinaire pour soutenir lintégration ; Ainsi permettent-ils le développement important et relativement rapide des SESSAD.
Mais.... Alors même que la CIDH de lOMS est parue en Français dès 1982 et a été adoptée comme référence dans les textes réglementaires, ces textes fondateurs confondent complètement handicap et déficiences dorigine médicale. Plus grave, la multiplicité des textes AIS qui leur succéderont continue dentretenir cette même confusion jusquà aujourdhui (alors que la CIDH indique que le handicap - ou désavantage - est la situation sociale créée par la déficience).
Au cours des 2 décennies 80 et 90, on peut faire plusieurs constats.
- En France
Le rapprochement entre les deux mondes de léducation et de la
santé est correctement réalisé, aussi bien au niveau
des équipes de terrain que lors de lélaboration des textes
réglementaires par les deux ministères.
Lélan social, laspiration des parents, des enseignants
et des équipes médico-éducatives vers lintégration
scolaire des enfants handicapés, ont été demblée,
et demeurent très intenses, les réalisations dintégration
gagnent en qualité et sétendent depuis peu au secondaire
(par les UPI) et à lUniversité.
Mais ce constat positif de lévolution au cours des 2 dernières
décennies doit être tempéré par trois ordres de
faits, lourds de conséquences :
- Dune part la stagnation sur plus de 20 ans du nombre des enfants handicapés
intégrés en classes ordinaires, entre 30.000 et 40.000, doit
être considérée comme un signal dalarme.
- Dautre part, la création de classes dintégration
destinées à rassembler des enfants relevant dun même
diagnostic médical (trisomie, autisme) aboutit à un non-sens
pédagogique : les besoins daides et les capacités des
enfants trisomiques ou autistes sont aussi diversifiés de lun
à lautre que chez les élèves ordinaires. La création
de ces classes hyper spécialisées revient à faire éclater
la communauté scolaire en raison dune répartition trop
inégalitaire des moyens mis en oeuvre pour un nombre très restreint
et instable (souvent 3 ou 4 élèves). On concentre de nombreux
intervenants qui permettent un travail individualisé.
- Enfin et surtout, force est de constater que lintégration de
quelques-uns se fait - sans quon le veuille et sans quon veuille
le savoir - au prix de lexclusion de beaucoup dautres : les enfants
des milieux défavorisés, en échec scolaire grave et prolongé,
non soutenus en famille, insuffisamment aidés par des maîtres
peu expérimentés, des RASED incomplets ou débordés,
finissent par exprimer leur dévalorisation par des troubles du comportement)
voire des violences, qui perturbent lensemble de la classe, ces classes,
qui dans notre pays, de la maternelle au collège ont en général
des effectifs plus lourds que dans les autres pays dEurope.
Leurs enseignants, souvent les plus jeunes et les plus inexpérimentés,
sont affectés aux zones les plus sensibles, non préparés
en IUFM à comprendre et remédier à léchec
scolaire suffisamment tôt (pas plus qu'à laccueil dun
enfant handicapé, mais aidé pour celui-ci par un SESSAD.). Le
maître ainsi isolé est acculé à demander contre
son gré lorientation des élèves perturbateurs vers
un Etablissement Spécialisé, en général un I.R
(Institut de Rééducation).
Membre dune équipe SESSAD, il mest arrivé de constater
moi-même cette situation doublement paradoxale : devoir refuser laide
du SESSAD que le maître nous demandait pour un de ses élèves
dont léchec et les troubles réactionnels du comportement
préparaient lexclusion, refus motivé du fait que cet élève
nétait pas reconnu handicapé par la CDES... Puis le temps
passant, entendre le même maître se réjouir dune
part des acquis cognitifs quil avait fait faire à « lenfant
sage » trisomique intégré et aidé, et annoncer
avec regret lorientation de lélève perturbé-perturbant
vers un Institut de Rééducation, où de récentes
statistiques démontrent que son retard scolaire risque de saggraver
de plusieurs années.
Ce terrible lien dialectique intégration-exclusion que la disparité
des soutiens offerts aux élèves et aux enseignants, selon que
les enfants sont ou non « reconnus handicapés par la CDES »,
cet effet en retour quon pourrait qualifier deffet pervers en
dépit des meilleures intentions nest, jusquà présent,
pas reconnu, tant il est contraire à lidéal républicain
de lécole égalisatrice des chances à laquelle nous
sommes pourtant tous attachés.
Cependant, méconnu ce paradoxe se traduit dans les faits. Il explique
me semble-il à la fois la stagnation du nombre des élèves
handicapés intégrés en classe ordinaire (consciemment
ou non les enseignants sentent le risque dexclusion délèves
fragiles quentraînerait laccueil dun élève
handicapé qui va mobiliser une large part de leur disponibilité).
Cela explique aussi que les I.R soient aujourdhui débordés
de demandes et quun nombre croissant dadolescents dâge
scolaire soient en fait totalement déscolarisés.
Quelques constats à létranger :
- Aux Etats-unis
Chargée au CNEFEI en 1988 détudier les méthodes dévaluation de lintégration scolaire dans les pays francophones et anglophones, jai appris que les USA (eux aussi) sétaient dotés en juin 1975 dune Loi dOrientation centrée sur lintégration scolaire des enfants handicapés. Jai été très surprise de constater que cette Loi concernait plus de 10 % de la population scolaire. Les commissions, équivalent de nos commissions de circonscriptions, réalisaient les bilans et élaboraient des projets individualisés daide pour tous les élèves ayant des besoins spécifiques pour apprendre « Spécial Educational Needs ». 80 % dentre eux avaient des troubles instrumentaux ou sociaux, une minorité étaient atteints dune déficience sensorielle, motrice ou intellectuelle grave.
- En Angleterre
Le même concept (« Spécial Educational Needs ») de besoins éducatifs spécifiques servait dès le début des années 80 à lattribution personnalisée daides : thérapeutiques, éducatives, ré-éducatives à tous les élèves présentant des difficultés pour apprendre, quelles quen soient les causes et la gravité. Là encore, les lieux de décisions étaient très décentralisés ; au niveau municipal. Les travaux de Seamus Hegarthy en particulier ont apporté la preuve dès la fin de la décennie 80 que cette modalité unifiée et rapprochée dattribution des « aides, pour apprendre », transformait lensemble de lécole ordinaire, en la rendant dans son ensemble intégrative (« compréhensive school ») avec une réduction significative des échecs scolaires, accompagnée il est vrai deffectifs plus restreints dans les classes.
- Au Portugal
Enfin lhistoire de lAIS au Portugal me semble démontrer lintérêt dun repère conceptuel unique et dune même réglementation pour tous les élèves éprouvant des difficultés pour apprendre. À la sortie de la « Révolution des oeillets », le Portugal peut enfin se préoccuper de la scolarisation des enfants handicapés et se tourne vers la France pour construire les règles de son AIS. En quelques années, les enseignants portugais, qui ont intégré en classe ordinaire des enfants « handicapés » au sens restreint du terme, qui est celui de notre Loi dOrientation, ont constaté linsuffisance des soutiens et de leur disponibilité à légard des élèves en échec scolaire. Refusant de continuer dans une voie qui renforce les inégalités, ils ont rejoint le modèle anglo-saxon, une seule réglementation pour tous les élèves ayant des difficultés pour apprendre et donc « des besoins éducatifs spécifiques ».
II Auiourdhui, où en sommes nous donc et pour quelles raisons?
Certes laspiration de tous, enfants, parents et enseignants, ainsi que la recherche de toujours plus de qualité dans laccueil des élèves demeurent toujours aussi vifs.
Des textes très nombreux de la part des ministères de léducation
et de la santé (en 2001 Handiscol et la circulaire de juillet) cherchent
à améliorer lintégration scolaire, mais toujours
exclusivement celle des enfants atteints dune déficience «
médicale ». Depuis 1975, lapproche confuse et étroite
du handicap ne sest étendue quen direction des enfants
malades. Par ailleurs aucune réglementation nest parue pour rendre
obligatoire une formation au handicap et à lAIS, ne serait ce
quun module de sensibilisation, pour les enseignants, aussi bien que
pour les médecins. Elle nexiste donc pratiquement nulle part.
La situation aujourdhui, au seuil de la rénovation de la Loi
de 75, apparaît comme un véritable déni de justice. Cest
le règne dans le « non dit » dune inégalité
croissante entre les élèves, une inégalité que
viennent éclairer certains travaux européens (P. Evans) ainsi
que le récent rapport de linspecteur, Mr Ringard. Ces travaux
permettent de décrire 3 groupes délèves en difficultés
pour apprendre. L'importance numérique de chaque groupe est inversement
proportionnelle au budget qui lui est dévolu.
Nous présentons ci-dessous en un tableau synthétique, 3 groupes délèves ayant des besoins spécifiques :
| Fréquence des populations | Difficultés pour apprendre | Montant des aides | |
| A | 1,00% | Enfants reconnus handicapés ou malades | SESSAD, CMPP, CMP, 80,00% |
| B | 2 à 4% | Troubles instrumentaux du langage oral et écrit | Dépistage en santé scolaire débutant |
| C | 8 à 10% | Échecs scolaires psycho-sociogènes + troubles
du comportement et de la conduite |
RASED : 20% |
Comment une telle inégalité a-t-elle pu se constituer et se
pérenniser, alors que le chantier de rénovation de la Loi de
75 souvre, animé de préoccupations explicitement démocratiques
de non discrimination, dégalisation des chances, de compensation
des difficultés ? Objectifs qui ont toujours été ceux
de lécole de la République. Lévolution vers
cette égalisation des chances de tous les élèves est
souhaitée par tous, mais elle ne peut relever de nouvelles mesures
réglementaires si judicieuses soient-elles si nous navons
pas auparavant une plus claire compréhension des mécanismes
invisibles qui sous-tendent la situation inégalitaire qui sest
lentement aggravée depuis la Loi dOrientation de 75 et les multiples
textes qui lont suivi :
À titre dhypothèse, il me semble pouvoir émettre
comme explication lexistence dun triple clivage, propre à
notre pays dont la culture est plus marquée par lesprit de classification
que par le pragmatisme, et plus par le sens de la faute que par celui de la
responsabilité.
- Le plus évident de ces clivages est réglementaire. La Loi
de 75 sépare radicalement lenfant atteint de déficience
ou de maladie de ceux dont les conditions de vie défavorisées
vont être facteur déchec puis de troubles de la conduite
menant à lexclusion. La Loi traite de façon radicalement
différente les deux populations que lécole voudrait bien
pouvoir enseigner sur les mêmes bancs : aux premiers une décision
départementale CDES donnera explicitement et conventionnellement des
aides pluridisciplinaires (SESSAD). Aux seconds, léquipe éducative
scolaire, puis dans le meilleur des cas, une commission de circonscription,
offrira ou imposera parfois, avec plus ou moins dinterventions dun
RASED, bilan, soutien psychopédagogique et trop souvent réorientation
hors de lécole vers un IR ou un IME. Pour ne faire de peine à
personne nous éviterons décrire les concernant, le terrible
mot dexclusion.
Ce premier clivage, le réglementaire, qui est évident, pour
linstant incontournable et opératoire, me semble être peut-être
« adossé » à dautres, plus subtils à
dépister, plus difficiles à reconnaître :
- Le deuxième clivage se situe dans les mentalités ; pour la
plupart des gens aujourdhui, ni les parents ni lenfant ne sont
considérés coupables ou responsables lorsquil y a maladie
ou déficience. La déculpabilisation des personnes « en
situation de handicap » dorigine somatique a pris beaucoup de
temps, mais elle semble, grâce à leffort de présence
et de communication des personnes elles-mêmes et de leurs Associations
être solidement et heureusement acquise depuis une décennie au
moins.
On ne peut malheureusement en dire autant pour les personnes atteintes de
troubles psychiques (troubles de la personnalité...) même et
surtout pour les enfants en échec scolaire et perturbateurs, en raison
dessentielles carences environnementales. Dans linconscient collectif,
aujourdhui plus que jamais, la maladie mentale, la pauvreté,
la marginalité, le non-travail (chômage des parents et échec
des enfants) sont considérés comme des fautes lourdes, coûteuses
pour la collectivité. Famille et élèves sont très
souvent ressentis sinon désignés, comme « coupables et
responsables ».
Je crains que ces représentations sociales contrastées des deux
populations ne jouent pour maintenir, même lors de la rénovation
de la Loi, le clivage réglementaire.
- Enfin, il me semble exister un troisième clivage, épistémologique
celui-là, et dont limpact sur la réalité sociale
du couple « Intégration Exclusion » serait sans
doute moins direct et moins opératoire. Dans notre culture cartésienne,
la coupure entre le normal et le pathologique » est radicale, conséquence
peut-être dune mauvaise compréhension et en tout cas dun
mésusage des travaux de CANGUILHEM.
Dune part, les personnes « handicapées » apparaissent
dans linconscient collectif comme niées (Shakespeare lavait
déjà fait remarquer par Hamlet, il y a quatre siècles).
Contrairement à leur réalité et à leur vécu,
rien de ce qui les concerne leurs pensées, leurs désirs,
leur devenir, leur vieillissement même nest perçu
spontanément comme normal. Cette diffusion du handicap a toute leur
personne est une grande source de souffrance et de non-sens qui ne satténue
que très lentement.
Dautre part, il me semble que pour les enfants en échec scolaire
ou atteints de troubles mentaux, le clivage « normal pathologique
» opère autrement, par un basculement brutal de lun à
lautre : longtemps les considérant comme normaux, ce quils
sont en naissant, on ignore leurs difficultés à apprendre et
à se socialiser et on naccorde guère dattention
à leurs besoins éducatifs spécifiques. En général,
brusquement, lorsque leurs comportements réactionnels ou leurs troubles
de la personnalité sont devenus si perturbateurs que la communauté
scolaire ne peut plus les tolérer, alors ils apparaissent comme «
pathologiques » et entrent dans un processus dexclusion.
III - Conclusion : vers un avenir différent?
Au moment où souvre la réforme de la Loi de 75 en faveur
des personnes handicapées, on peut affirmer, la possibilité
dun changement radical qui rapprochera la France des autres pays dEurope,
parce quil répondra à une aspiration récente de
notre société développée, vers le décloisonnement
des pensées et des pratiques. La réforme récente de la
Loi de 75 sur les institutions abolit les barrières entre le sanitaire
et le social ainsi que les barrières de lâge, ce au nom
dune recherche de qualité. Par ailleurs les travaux collectifs
récents « rapportés » par Mr le professeur Fardeau,
Mme Lyasid, Mr lInspecteur Ringard et par Mr Assante mettent tous en
avant les même valeurs démocratiques de non discrimination, dégalisation
des chances par la « préconisation globale de la compensation
au plus proche de lusager »... Pour reprendre par exemple les
termes de Mme Lyasid. Cette évolution consensuelle des esprits est
de la même ampleur que celle qui a précédé à
partir du rapport Bloch Lainé de 1967, la mutation dont a été
porteuse la Loi de 75.
Aujourdhui, une deuxième mutation, et non un « toilettage
» des textes est possible. Deux concepts récents sont disponibles
pour la soutenir.
Celui de « situation de handicap » a le double intérêt
de faire cesser la confusion entre déficience et désavantage,
mais aussi et surtout dêtre en cohérence avec la deuxième
classification des handicaps de lOMS qui vient dêtre publiée
sous le titre un peu long de : « Classification Internationale du fonctionnement,
du handicap (structures, activités, participation) composantes de la
santé ». Cette 2ème classification, par ailleurs dune
complexité redoutable, a pour ce qui nous concerne ici, limmense
intérêt de rapprocher dans une analyse individualisée
des composantes de la santé les facteurs environnementaux et les facteurs
individuels.
Lautre concept, à peine moins récent, est celui de «
besoins éducatifs spécifiques » (Spécial Educationnal
Needs) qui permet délaborer le Projet Educatif Individualisé
(PEI) non plus à partir dun diagnostic médical dépourvu
de sens en pédagogie, mais à partir dune analyse détaillée
de lensemble des difficultés - temporaires ou durables - que
peut éprouver un élève pour apprendre. Quelles quen
soient les causes sociales, psychologiques, ou somatiques et lintensité
de ces difficultés, cette analyse doit porter sur les différents
troubles, mais aussi sur les capacités et aspirations de lélève
ainsi que sur les difficultés et ressources de son environnement familial
et social.
Une telle démarche pour lévaluation individualisée
des besoins éducatifs spécifiques de tout élève
en difficulté pour apprendre, dans un cadre réglementaire unique,
implique que lévaluation des besoins, la construction dun
projet-réponse individualisé, la détermination des aides
à mettre en oeuvre se fasse au plus près de lélève,
de sa famille, des équipes enseignantes et de soutien et avec leur
participation active : Cest en gros le niveau des actuelles commissions
de circonscription.
La CDES garde son utilité sur le plan individuel, pour les troubles
rares ou particulièrement complexes et pour les recours, et sur le
plan collectif pour rassembler et faire connaître enfin statistiquement
lensemble des besoins départementaux et déterminer ainsi
avec plus de fiabilité une politique départementale déquipement.
Cette évaluation continue, actualisée des besoins éducatifs
spécifiques, devrait et pourrait avoir, dans une réglementation
unifiée, un champ dapplication élargi.
Elle concerne les enfants en échec scolaire à haut risque dexclusion,
comme les enfants malades et handicapés. Elle sapplique aux élèves
du public et du privé, de la maternelle à luniversité.
Mais la même démarche doit bien entendu sappliquer aux
élèves reçus dans les établissements, sanitaires,
sociaux, médico-éducatifs et de la protection judiciaire de
lenfance... dont les modalités de scolarisation ont aussi besoin
dêtre redynamisées.
Le succès dune telle approche unifiée implique bien entendu
une formation des acteurs sur lensemble des difficultés dapprentissage
scolaire, sur les besoins éducatifs spécifiques quelles
génèrent, sur les réponses quelles exigent : Tous
les enseignants, tous les soignants devraient bénéficier dun
module de sensibilisation au cours de leur formation de base et en formation
interdisciplinaire continue.
Cet ensemble de mesures qui devrait pouvoir sinscrire dans la réforme
en cours, rencontre des réticences :
A ceux qui craignent quelle coûte cher, on peut opposer son haut
pouvoir de prévention primaire et secondaire, « économique
» à moyen terme en terme de budget et de mieux être.
A ceux qui craignent quune même Loi pour tous les élèves
en difficulté nentraîne un effet de dilution, de confusion,
duniformisation des réponses, on peut assurer quun même
processus dévaluation des difficultés et besoins sera
strictement individualisé, réalisé par des équipes
pluridisciplinaires dotées dun réseau complémentaire
dhyper spécialistes auxquels on pourra conventionnellement faire
appel, autant que de besoin ; Ce processus ne risque en aucun cas de donner
à tous les mêmes réponses, mais il donnera à tous
les mêmes chances dapprendre.
Cette démarche unifiée et élargie, est simplement plus
pragmatique, plus démocratique, plus éthique, au bénéfice
de tous les acteurs de 1Education : élèves, familles enseignants
et soutiens.
