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François DELAFOSSE

Allocution d'ouverture de la soirée de clôture Singulier Pluriel
prononcée par François DELAFOSSE, Président de la FEHAP

Chacun de ces trois " métiers impossibles " renvoie à la notion d'autorité. Ils renvoient aussi à la notion de responsabilité : être responsable, c'est rendre compte de l'exercice de son autorité. Nous sommes là en présence de l'un des fondements de la démocratie.

Il faut citer Pierre Mendès-France pour qui la démocratie " repose à tout moment sur l'exposé des problèmes, les engagements pris par les hommes qui se proposent de devenir des responsables et le mandat donné par le pays à ces hommes pour l'exécution de ces engagements ".

Ne sommes-nous pas, aujourd'hui, loin du compte, si nous constatons que les problèmes sont éludés, les engagements reniés, leur exécution peu contrôlée ?

L'exercice démocratique de la responsabilité suppose des repères. Or les impasses actuelles semblent largement dues à l'effacement des repères : le citoyen, au lieu de s'engager, demande à la fois plus de prise en charge et plus de liberté. La critique de toute autorité traditionnelle - celle du père, du patron, du gouvernement, aussi celle du médecin et du professeur, la dénonciation de toute contrainte extérieure au nom des droits de l'individu, se développent dans un contexte où le débat politique s'estompe, où les choix fondamentaux disparaissent derrière les apparences - apparences médiatiques, querelles de personnes.

Certains, depuis la chute du mur de Berlin, sont allés jusqu'à prédire : " la fin de l'histoire ", c'est-à-dire un état heureux où l'harmonie des intérêts se réaliserait d'elle-même par l'action du marché, la concorde des esprits par le truchement des médias, la paix par les droits de l'homme.

Le triomphe apparent de la démocratie libérale ne porte-t-il pas alors en germe sa propre dissolution ? L'économique est résolu par le marché, les interdits justifiés par l'hygiène, le sujet expliqué par la psychologie, le consensus serait recherché dans la communication. Le débat démocratique est vidé de son contenu, le citoyen démobilisé.

La disparition, tout au moins, la contestation permanente de l'autorité suscite le vertige. Comme l'avait dit Tocqueville " lorsqu'il n'existe plus d'autorité en matière de religion, non plus qu'en matière politique, les hommes s'effraient bientôt à l'aspect de cette indépendance sans limite ".

Y sommes-nous ? On peut se le demander, devant les actions multipliées en recherche de responsabilité, devant le recours croissant au juge.

D'où l'urgence, de mon point de vue, de refonder la citoyenneté. Etre citoyen, c'est avoir la possibilité de s'associer réellement à la gestion de la vie publique (alors qu'être usager c'est simplement pouvoir défendre ses intérêts avant la prise d'une décision).

S'agissant de notre monde associatif, je me garderai certes d'opposer associations " citoyennes " et associations d'usagers. Mais pour nos associations qui participent à ces missions " impossibles ", éduquer ou guérir, je revendiquerai la capacité, mais aussi la responsabilité, de citoyen.

C'est dire que ces associations doivent obtenir de leurs membres une investiture pour l'exercice d'un mandat et qu'elles doivent rendre compte de leur gestion, à leurs mandants, eux-mêmes, mais aussi à la collectivité dans son ensemble.

L'exercice de la citoyenneté, celle de l'individu, celle des groupements, nécessite donc rigueur, probité, vigilance.

Je citerai, pour terminer, Paul Ricoeur (Morale, éthique et politique) : " le pouvoir politique, en raison de la fragilité que revêtent les paradoxes du pouvoir, n'est " sauvé " que par la vigilance de ces mêmes citoyens que la cité a, en quelque sorte, engendrés ".

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